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Publié : 18 juin 2007

Othée 17 juin 2007

Championnat de Belgique F3i
Othée 17 juin 2007

Pour une fois, je vais commencer par la fin.

Je suis rentré absolument vidé hier soir, après le concours. J’ai tenté de regarder un DVD qu’Eric Counson m’a passé "Opérations dans le Pacifique", avec John Wayne, le genre de vieux film héroïque que j’adore. Peine perdue, je me suis endormi dans mon fauteuil. Je me suis donc traîné jusque dans mon lit.

Et j’ai fait un premier rêve.

2010. Les écolos ont gagné. Ne tolérant plus le moindre bruit, ni le moindre risque de quoique ce soit, les écolos entrés au gouvernement suite aux élections de juin 2007 ont fini par arracher l’interdiction totale de l’aéromodélisme en Belgique. Les aéromodélistes sont invités à apporter leurs modèles réduits à la Police fédérale pour leur destruction finale. On peut conserver un maximum de 2 modèles pourvus qu’ils aient été débarrassés des servos et inscrits dans un registre national.

2011. Le terrain est reloué par un club de tuning moto. Les 200 membres de ce club s’y réunissent tous les week-end pour y faire des concours de rugissement de moteur (je me demande où j’ai été pêcher une idée pareille, allez savoir). Les actions des riverains à l’encontre des motos sont vaines car tous les modèles des membres du club sont parfaitement conformes.

2012. L’obsession sécuritaire atteint la moto. Devant le nombre d’accident de la route, le Ministre de la Santé Rudoph Demite rend obligatoire le port d’une combinaison à deux epaisseurs de kevlar (2 * 160g/m2 pour norme). Un seul modèle est agréé, fabriqué par une société du Borinage dirigée par Tonio D.R. A la suite de cela, le marché de la moto s’écroule.

2013. Le site est cédé à un club de tuning auto. La spécialité du club : la recherche du 140 dB. On place des baffles dans le coffre et on met à fond avec un dB-mètre. Celui qui atteint 140dB à gagné. Rien d’interdit. L’action des riverains échoue à plusieurs reprises.

2016. Le monde à bien changé en très peu de mois. Suite à l’aveu par les compagnies Exxon, Aramco, BP et Shell que les réserves de pétrole sont quasi-épuisées, le brent est passé à 500$ le baril. Tout usage de pétrole est maintenant interdit, sauf à des fins militaires. L’agriculture est aux abois. On décide donc de faire appel à de la main-d’oeuvre immigrée pour les travaux des champs. 300.000 Maliens sont ainsi invités à venir travailler dans nos champs du Plat-Pays. Le terrain de tuning auto d’Othée, maintenant abandonné, est devenu un village de toile pour tous ces travailleurs.

2017. Ca va mal. Comme les seules ressources de combustibles sont en Chine (le charbon) et en Sibérie, l’Union Européenne décide d’admettre dare-dare la Russie et de l’inclure derechef dans l’OTAN. On déploie 1500 bases de radars de surveillance des missiles iraniens tout le long de la frontière chinoise, jusqu’aux portes de Vladivostok. On y met en alerte permanente 2500 bombardiers supersoniques Tupolev TU22M "Backfire", devenu le bombardier supersonique standard de l’OTAN, suite aux négociations d’admission de la Russie.

2018. La production de Backfires a repris de plus belle. "Ils sont le rempart de l’Occident", a affirmé le Président de l’Union Européenne, Charles Michel. Oui, mais ils ont besoin d’une solide maintenance. Le président du Conseil d’Administration de Bierset, Joseph Huipaert, négocie un contrat fumant : 25.000 emplois nouveaux pour installer les ateliers de maintenance Tupolev et Kuznetsov sur le site. Lorsque tout est installé, effectivement, 24500 ouvriers russes débarquent dans la région liégeoises. Pour se défendre de cette entourloupe, Joseph Huipaert déclare "quand j’ai signé, j’ai pas su tout lire, c’était en russe". Et pourtant, le contrat mentionne, page 234, une foot-note, en français qui cède en bail amphitéotique les droits de chasse exclusifs de 200.000 ha de forêts de l’Oural "aux membres du Conseil d’Administration de l’Aéroport de Bierset".


Un TU22M3 Backfire sur le tarmac de Bierset. Il a fallu faire quelques inscriptions en russe pour les équipages (littéralement)

2019. L’entreprise est maintenant bien installée à Bierset. La spécialité : la révision des turbo-réacteurs Kusnetsov de 22T de poussée (avec post-combustion). On y a installé un banc d’essai en plein air pour y pratiquer les réglages et rodages de tous les réacteurs révisés.

Les Backfires révisés font ensuite chacuns de nombreux touch-an-go, tantôt avec, tantôt sans la post-combustion, y compris en exercices de nuit. Dans les petits villages aux alentours de Bierset, dont Othée, on se révolte. Suite à des négociations rondement menées, on convient d’un arrêt des vols militaires entre 2 et 6h du matin. A ces heures, seuls les avions de fret, sans post-combustion, peuvent aterrir (B747, Airbus, Antonov). Et pourtant, un riverain s’émeut de recevoir un morceau de dérive de Backfire dans son jardin (ça arrive avec les avions russes). Il entame une démarche à l’encontre de la société Tupolev mais il meurt accidentallement des suites d’une intoxication au polonium à cause de la consommation immodérée des asperges de son jardin. Interrogé sur le caractère curieux de la présence du polonium sur le territoire, le Président de la République Principale de Liège, Guy Mathy, explique que c’est le résultat des retombées de Tchernobyl. C’est ainsi, ajoute-t-il, que plusieurs députés écolos de Seraing sont victimes de la même intoxications, suite à leur mode de vie "bio" et à leur consommation exagérée de légumes de leur jardin, lesquels concentrent le polonium, comme chacun sait. Le président de l’Union Européenne, Charles Michel, se réjouit même sur CNN que cette enquête ait été aussi rondement menée. Ce qui montre, dit-il, que l’Europe a beaucoup gagné de l’intégration de toutes ses polices, y compris du KGB. [NB : depuis l’éclatement de la Belgique, la Wallonie est séparée en 2 entités, l’autre est le Royaume de Borinage-et-de-Brabant, avec le Roi Philippe et Marie Arena comme Présidente du Conseil].


Un Backfire fait chauffer ses turboréacteurs Kuznetsov. La bonne odeur de kérosène brûlé. Moi, j’adore.


Et hop, un décollage à l’arraché, à la post-combustion. J’aime autant vous dire que ça secoue les tripes.

Le seul là-dedans qui se réjouit, c’est moi, qui, fasciné, regarde passer les Backfires, devenus amis. Retraité depuis 2 ans, le bruit, je m’en fout, j’ai passé toute mon enfance au seuil des pistes de Gosselie où on essayait les F104 flambant neufs. Un banc d’essai de turboréacteur avec PC ? J’en ai eu un près de chez moi pendant des années. J’aimais ce bruit, et l’odeur envoûtante du kérosène brulé.

Je me réveille de mon rêve au milieu de la nuit avec un sentiment curieux. Comme toujours, les rêves sont un mélange de vérité et de fiction.

Maintenant que je suis un peu éveillé, j’en profite pour réfléchir à mon compte-rendu du concours.

Après un samedi de fortes pluies, 10 concurrents sont présents à Othée pour cette avant-dernière manche du championnat de Belgique F3i : Etienne Beluze, Marc Bruylants, Dominique Caubert, Thierry Gras, Rudy Marneffe, Pierre Rasmont, Eric Rémy, Bruno Steelandt, Eric Van Wallendael, Jacques Wouters.
Parmi ces concurrents, deux font leur premier concours : Rudy Marneffe (Othée) et Eric Van Wallendael (Longueville).


Un nouveau concurrent, Eric Wallendaele, du club des Terres Franches à Longueville

Deux remorqueurs sont présents : Serge Marneffe et Eric Counson. La direction est assurée par Jean-Baptiste Gallez et le chronomètrage de la base A par Marie-Claire Counson.

On commence par une vitesse. Comme le remorqueur de Serge démarre mal, on part remorqué par Eric. Il y a un vent notable, pas loin de la limite admissible mais tout juste dans l’axe de la piste vers la base A, heureusement. Et en plus, ça tabasse grave jusqu’au largage. Le largage se fait tout juste dans le soleil. Il est difficile de faire de bons temps dans ces conditions. La stratégie de vol est très délicate avec un tel vent. Etienne Belluz fait un beau 38,6 sec mais c’est Thierry Gras qui fait alors le meilleurs temps avec 38,4 sec. Impossible de faire mieux. Trompé par les bizarreries des conditions, Eric Rémy rate la base B et ne parvient pas à ramener jusqu’à la base A.


Premier concours, première vitesse, pour Rudy Marneffe, ici guidé par les mains magiques de Jacques Wouters, sous l’oeil attentif de Dominique Caubert

Les durées sont aléatoires car de gros nuages, des cumulus de beau temps, passent en vitesse. Soit on parvient à capter une de leurs pompes et alors on est propulsé au sommet, soit on tombe dans une dégueulante et là ...C’est Etienne Beluz qui fait le meilleur résultat à cette manche.
Durant tout ce temps, Serge Marneffe tente de faire démarrer son moteur. Il y parvient à plusieurs reprises. Il fait plusieurs vols d’essai et puis, pfuuuu, le moteur s’arrête. Comme cela dure déjà depuis 3 concours, Serge s’arrache les cheveux. Il a déjà tout changé, bougie, carburateur, roulements, carburant, et même moteur, etc... Rien n’y fait. Ca ne marche pas. C’est incroyable.
C’est donc Eric qui fait tous les remorquages de la matinée. C’est fatiguant et énervant pour lui. Les conditions difficile entraînent quelques revols et essais qui le font protester.
On fait un excellent repas, comme d’hab à Othée, vol-au-vent avec des frites.
On reprend rapidement les vols pour pouvoir faire, on l’espère, les trois manches traditionnelles. Serge pense avoir trouvé ce qui ne va pas. Il fait deux trois vols d’essais magnifiques et puis, à nouveau, pfuuuu moteur arrêté. Pour finir, un bête petit accident, son gant qui trainait à terre prend dans l’hélice, celle-ci casse et projette les lambeaux du gant sur la dérive qui casse elle aussi. C’est pas vrai une poisse pareille. J’admire Serge qui parvient à garder le sourire malgré tout ça.


Il fait beau pour la dernière durée. Marc Bruylants assisté par Eric Rémy et chronomètré par Nadine Steelandt, Eric Van Wallendaele et Etienne Beluz sont spectateurs attentifs

Pour la deuxième vitesse, c’est Jacques qui fait le meilleur temps, 35,1 sec. Les durées sont tout aussi aléatoires.
Pour la troisième manche, Serge Marneffe à jeté son gant (au propre comme au figuré). Eric commence à sérieusement fatiguer et à s’inquiéter de ses réserves de carburant. Il proteste de plus belle contre les revols et les essais.

Jacques Wouters fait le meilleur temps, 34,6sec que je parviens à talonner avec 34,8sec.
A la dernière durée, malheureusement pour moi, je manque LA pompe (et oui, encore un revol-essai intempestif, avec soupirs d’Eric). Bruno lui, ne l’a pas manquée. Je prends 1m44 sec dans la vue et je perds ainsi plus d’une centaine de points. Raaaaaa......


Notre directeur sportif Jean-Baptiste Gallez et Corine. Derrière eux, les deux premières motos candidates au club de tuning-moto de mon rêve.

Le classement

1. 4000,0 100% Jeacques Wouters

2. 3824,3 95,6% Bruno Steelandt

3. 3822,6 95,6% Etienne Belluz

4. 3798,8 95,0% Pierre Rasmont

5. 3784,6 94,6% Thierry Gras

6. 3737,7 93,2% Dominique Caubert

7. 3445,4 86,1% Rudy Marneffe

8. 3227,1 80,7% Eric Van Wallendaele

9. 3114,4 77,9% Eric Rémy

10. 2960,6 74,0% Marc Bruylants


Le podium. 1er Jacques Wouters, 2ème Etienne Beluz, 3ème Bruno Steelandt

Que faut-il retenir de ce concours ?

D’abord, le F3i se porte bien. 2 nouveaux concurrents sont venus concourrir et c’est bien gai. En ce qui concerne le remorquage, je crois qu’on est arrivé à l’extrème limite de ce qui est supportable. Non, on est au-delà. Serge s’est épuisé sur son remorqueur en panne inexplicable. Quant à Eric, il a piloté sans arrêt toute la journée. Avec les revols, il a fait plus de 70 remorquages. Grosso-modo, il a fait au moins 3 heure de pilotage, ce qui est vraiment beaucoup, non, c’est trop.


Les remorqueurs courageux. A gauche Eric Counson, à droite Serge Marneffe, le malchanceux.

Après m’être rendormi, j’ai fait un nouveau rêve.

2100. L’effet de serre a provoqué la fonte des glaces polaires, lesquelles ont fait dévier le Gulf Stream. Une nouvelle période glaciaire règne. La température moyenne annuelle est descendue de 14°C, ce qui nous fait des conditions pareilles au Spitzberg. La Belgique est devenue une toundra. Et il n’y a plus d’habitants en Europe au-delà du 45ème parallèle (Montélimar), sauf quelques rares nomades qui accompagnent leur rennes en transhumance.

Sur le terrain d’Othée, abandonné, le blizard souffle. Une petite neige poudreuse et sèche s’est accumulée contre les clôtures rouillées. La baraque a perdu la toiture et une tôle ondulée, pliée, claque et vibre dans le vent. La manche à air a disparu, sauf quelques fils rouges tout givrés. Appuyé à la clôture, un spectre, une momie décharnée et parcheminée. Ses orbites givrés sont tournées vers le ciel. Ses phalanges blanchies, tendues de tendons sêchés, sont crispées sur une radio craquelée. Un harnais kaki la soutient encore par quelques fils usés ornés de cristaux blancs. A quelques mêtres de là, une congère plus importante, une dérive jaune en émerge. Quelques autres os dépassent de la neige, dont une main sêche avec quelques lambeaux de cuir, agripée à jamais à une hélice.

Nul nomade, nul "poron miehi" n’ose plus s’approcher de ce plateau maudit et de leur gardiens décharnés. Dans mon rève, les Coeurs de l’Armée chantent mezzo voce cette sublime valse "Les collines de Mandchourie", dont je ne comprends que quelques mots "qu’ils reposent en paix sur cette colline ventée, ces héros de la terre russe" (...heroem rossiskaya zemlya).

Et là je me réveille...

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Cliquez ici pour entendre "Les collines de Mandchourie" :

Une bien plus belle version, Armée Rouge 1958 :

Cliquez ici pour les paroles des "Collines de Mandchourie"

[poron miehi = éleveur de rennes, en lapon. Un jour que je logeais dans une chambre d’hôte, en lapponie, il trainait une revue dans la toilette. C’était "Poron Miehi". J’ai pas oublié"]